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Crise et récession

Explication vocale de la crise financière

Publié le 03/01/2009 à 12:00 par economiedroit
Explication vocale de la crise financière
Crise financière en Audio

Une explication des mécanismes de la crise financière et de l'économie en crise...
Des graphes intéressants pour une compréhension des phénomènes.

Un montage audio du journal Le Monde en lien ci-dessous

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/infographie/2008/10/22/des-subprimes-a-la-chute-des-bourses-les-mecanismes-de-la-crise-financiere_1109590_1101386.html



Le prix du pétrole sous les 34 dollars

Publié le 19/12/2008 à 12:00 par economiedroit
Le prix du pétrole sous les 34 dollars
Vous vous souvenez des sommets atteints il n'y a pas si longtemps...

Le prix du pétrole chute sous 34 dollars le baril à New York

LONDRES (AFP) — Le prix du pétrole brut est tombé vendredi sous le seuil des 34 dollars le baril à New York pour la première fois depuis plus de 4 ans et demi, chutant jusqu'à 33,44 dollars vers 11H45 GMT, un niveau plus atteint depuis la séance du 2 avril 2004.

Vers 12H00 GMT, après ce nouveau plus bas, le cours du baril de "light sweet crude" pour livraison en janvier (dernier jour de cotation de ce contrat) perdait 2,61 dollars, à 33,61 dollars, sur le marché new-yorkais Nymex.

En revanche, à Londres, le baril le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en février valait 43,43 dollars, en hausse de 8 cents par rapport à la clôture de jeudi soir.

"La récession mondiale continue à saper la demande" de produits pétroliers, a commenté David Evans, analyste chez BetOnMarkets, rappelant que les cours avaient déjà chuté mercredi en dessous de la barre des 40 dollars à New York, malgré la décision prise le même jour par l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) de baisser sa production de plus de deux millions de barils par jour.
Par ailleurs, comme l'ont remarqué des opérateurs, l'expiration du contrat de janvier sur le marché new-yorkais a pu encourager les investisseurs à liquider leurs positions.

La crise des subprimes en images

Publié le 19/12/2008 à 12:00 par economiedroit

Crise des subprimes et crise financière

Publié le 19/12/2008 à 12:00 par economiedroit
Crise des subprimes et crise financière
Crise financière et crise des subprimes



La crise des subprimes (ou crise du sub-prime) (en anglais subprime mortgage crisis) est une crise financière mondiale qui a débuté en 2007. Elle est souvent considérée comme la pire crise financière depuis la crise de 1929 et a entraîné, à l'automne 2008 particulièrement, un bouleversement majeur du paysage bancaire international.

La crise des subprimes s'est déclenchée au deuxième semestre 2006 avec le krach des prêts immobiliers (hypothécaires) à risque aux États-Unis (les « subprimes »), que les emprunteurs, souvent de conditions modestes, ont arrêté de rembourser. Révélée au monde en février 2007, notamment par l'annonce d'importantes provisions passées par la banque HSBC, elle s'est véritablement transformée en crise financière mondiale à partir de l'été 2007. La crise des crédits subprimes américains a conduit à une défiance au niveau mondial envers les créances titrisées (ABS, RMBS, CMBS, CDO) qui comprennent une part plus ou moins grande de crédits subprime, puis envers les fonds d'investissement, les OPCVM (dont les SICAV monétaires) et le système bancaire susceptibles de détenir ces dérivés de crédit.

Cette crise de confiance générale dans le système financier, a conduit à la chute des marchés financiers et à une crise de liquidité bancaire. Les banques centrales n'ont cessé depuis l'été 2007 d'injecter massivement des liquidités dans le marché interbancaire.

À partir de l'été 2007, les banques du monde entier ont dû passer chaque trimestre dans leurs comptes des dépréciations de la valeur de leurs actifs liées aux subprimes, en particulier les ABS et CDO. De l'été 2007 à l'été 2008, les banques du monde entier ont ainsi passé pour 500 milliards de dollars de dépréciations d'actifs, ce qui a fait chuter d'autant leurs capitaux propres. Ceci d'autant que le système de réassurance de ces produits, les rehausseurs de crédits, s'est révélé inefficace devant l'ampleur des risques à couvrir.

Afin de pouvoir respecter les ratios de solvabilité du métier et poursuivre leur activité, elles ont dû parallèlement reconstituer leurs capitaux propres par augmentation de capital, pour un montant de 300 milliards de dollars de la mi-2007 à la mi-2008. Plusieurs fonds souverains, de pays asiatiques notamment, ont ainsi pris des participations significatives au capital des grandes banques américaines. En 2008, plusieurs grandes banques ont finalement dû être rachetées afin de sauver leur activité : Bear Stearns, Merrill Lynch, Washington Mutual, Wachovia aux États-Unis. D'autres ont été sauvés par des mesures de nationalisation d'urgence (Northern Rock et Bradford & Bingley en Grande-Bretagne , Fannie Mae, Freddie Mac et l'assureur AIG aux États-Unis ; Fortis au Bénélux). Certains établissement ont fait faillite, telle la retentissante chute de Lehman Brothers aux États-Unis.

La crise a entraîné une raréfaction du crédit à travers le monde et donc renforcé le ralentissement économique en cours au même moment. Le secteur de l'assurance a également été touché par la crise, dans une mesure moindre que le secteur bancaire à la mi-2008



La crise des subprimes aux États-Unis

Croissance du marché des subprimes
Le marché des « subprimes » est constitué de prêts risqués qui peuvent être hypothécaires (immobiliers), des cartes de crédit, de la location de voitures et autres, accordés à une clientèle peu solvable ou à l'historique de crédit difficile. Ce marché s'est largement développé aux États-Unis à partir de 2001, passant d'un montant de 200 milliards USD pour les prêts hypothécaires en 2002 à 640 milliards USD en 2006. Ce montant représentait 23 % du total des prêts immobiliers souscrits.

Les emprunteurs à risque peuvent contracter un emprunt immobilier sur ce marché, moyennant un taux d'intérêt révisable généralement indexé (par exemple sur le taux directeur de la Fed)), majoré d'une « prime de risque » (subprime) pouvant être très élevée[réf. souhaitée]. Typiquement, les premières années du prêt (1, 3 ou 5 en général) sont couvertes par un taux d'intérêt fixe promotionnel qui devient ensuite variable. Les emprunteurs hypothécaires américains ont la possibilité d'emprunter jusqu'à 110 % de la valeur de l'immeuble objet du prêt, d'avoir la possibilité de ne rembourser que la partie intérêt de leur mensualité, un intérêt d'ailleurs entièrement déductible d'impôts.

La croissance de ce marché a tout d'abord été encouragée par des taux historiquement bas qui ont incité les institutions de crédit à accroitre la part du subprime dans leur portefeuille et à profiter des importantes marges de risque imposées à ces crédits. Elles étaient encouragées en cela par une législation de 1977 (en:Community Reinvestment Act) : un établissement peut demander et obtenir une garantie de ses dépôts par l'Etat (en:Federal Deposit Insurance Corporation) s'il s'engage en contrepartie à prêter à des personnes à revenus modestes, auxquelles de tels prêts ne seraient sans cela pas accordés. Par ailleurs, ce mouvement a été accéléré par l'utilisation de la titrisation comme outil d'évacuation du risque de crédit, utilisation encouragée par la demande croissante de produits rentables par des investisseurs et par l'afflux de liquidités disponibles à la recherche d'investissements attractifs. Certains établissements financiers avaient fait du subprime leur spécialité en se spécialisant dans l'octroi de crédits subprime aussitôt revendu dans le marché de la titrisation.

Ces prêts à des personnes à la cote de crédit insuffisante ont participé à la création d'une bulle immobilière qui elle-même nourrissait la bulle de crédits: tant que l'immobilier augmente, la maison acquise et mise en hypothèque assure que l'opération ne peut que bien se terminer, puisqu'en cas de défaillance, on pourra rembourser le crédit en vendant la maison.


Déclenchement de la crise du subprime
La pérennité de ce système dépend de deux conditions : d'une part, des taux d'intérêt relativement stables, et d'autre part d'une appréciation régulière de l'immobilier. Or,

la réserve fédérale des États-Unis a progressivement relevé son taux directeur de 1 % à 5,25 % entre 2004 et 2006;
les prix de l'immobilier ont commencé à chuter dans plusieurs régions des États-Unis à partir de 2006. Le marché immobilier américain a perdu aux alentours de 20 % durant les 18 derniers mois précédant la crise. Ces fluctuations immobilières sont toutefois très différentes selon les États, villes et quartiers.
Par conséquent, les emprunteurs se retrouvèrent confrontés à une hausse de leurs mensualités alors que la valeur de leur bien diminuait, et les plus fragiles furent incapables de faire face à leurs remboursements. Lorsqu'il est limité à des cas isolés, le défaut de paiement est couvert par les créanciers : grâce à une politique de gestion du risque, les organismes sont censés pouvoir supporter le délai nécessaire au recouvrement de créances des débiteurs. Mais dans le cas d'un phénomène de défaut de paiement en masse, l'organisme créancier peut se retrouver en situation difficile. Or, en 2007, le taux de non-remboursement sur ces crédits s'est élevé aux alentours de 15 % [réf. nécessaire].

Avec la baisse du marché immobilier américain, la valeur des habitations est devenue inférieure à celle du crédit qu'elles devaient garantir. Ainsi, les établissements de crédit, censés pouvoir récupérer leurs mises en vendant les habitations hypothéquées, se retrouvèrent sans moyen rapide de redresser leur bilan, puisque vendre ces biens ne suffisait plus à couvrir leurs pertes. L'afflux de mises en vente des biens saisis a même aggravé le déséquilibre du marché immobilier où les prix se sont effondrés.

En août 2007, un site spécialisé faisait état de plus d'un million de défauts de paiement constatés, mais chaque constat de défaillance ne mène pas à la faillite de l’emprunteur. Les banques essayant généralement de trouver des solutions de rééchelonnement de prêts lorsqu’elles pensent que le débiteur ne traverse qu’une difficulté passagère.

Le président de la Commission bancaire du Sénat des États-Unis, Christopher Dodd, estime qu'un à trois millions d'américains pourraient perdre leur logement suite à cette crise.


Effet de contagion sur le système bancaire américain
L'insolvabilité des débiteurs et la chute des prix de l'immobilier ont provoqué la chute ou la faillite de plusieurs entreprises de prêts hypothécaires à risque ((en) subprime mortgage lenders), tels que la New Century Financial Corporation en avril 2007, conduisant à l'effondrement du prix des actions de l'industrie du crédit.

Les grandes banques, qui financent ces établissements financiers spécialisés, ont également pâti de ces faillites et leur ont demandé des remboursements anticipés auxquels ils n'ont pu faire face, accélérant les faillites. D'autres grandes banques sont actionnaires de ces sociétés de crédit spécialisées.

Les premiers effets sur le marché de l'emploi dans le secteur financier se sont faits sentir dès l'été 2007. Les sociétés financières américaines ont annoncé 35 752 suppressions d'emplois en août 2007, selon le cabinet Challenger, Gray and Christmas.

En avril 2007, la Fed estimait que les pertes pour les banques pourraient s'élever de 100 à 150 milliards USD pour un marché de 8 400 milliards d'encours de crédit. La Deutsche Bank estimait fin octobre que ce chiffre pourrait s'élever à 400 milliards de dollars; la banque d'investissement Goldman Sachs plaçait pour sa part en novembre 2007 le curseur à 2 000 milliards de dollars.

Le Fonds Monétaire International a estimé dans un rapport du 9 avril 2008 que « le montant des pertes pourrait atteindre quelque 945 milliards de dollars ».


Réaction du gouvernement américain à l'été 2007
Le vendredi 31 août 2007, le président américain George W. Bush a annoncé une série de mesures destinées à empêcher que les ménages qui font face à des taux d'intérêt particulièrement élevés ne se retrouvent en situation de défaut de paiement et ne soient contraints de vendre leur maison. Il a notamment proposé que la Federal Housing Administration modifie ses règles de manière à assouplir les conditions de refinancement exigées des emprunteurs, ainsi que de modifier le régime fiscal pour faire en sorte que des sommes radiées de la valeur d'une maison par des institutions financières ne soient taxées par le gouvernement fédéral. Il estime tout de même que le rôle du gouvernement américain dans ce dossier est limité, et qu'il n'est pas de son ressort de se porter à la rescousse de spéculateurs ou d'investisseurs ayant pris de mauvaises décisions.

Par ailleurs, les agences de notation (Standard & Poor's, Moody's, Fitch) sont accusées d'avoir mal évalué le risque de ces produits et, partant, la notation associée à ces produits. En outre, avec la baisse importante des émissions de produits structurés qui représentaient la moitié de leurs revenus, ces agences ont dû lancer des plans de licenciement : Standard & Poor's a annoncé le 8 décembre un plan pour réduire ses effectifs de 3 %.

Les représentants du G7 ont appelé à plus de transparence dans le travail des agences de notation. La ministre française de l'économie Christine Lagarde a développé cette position en indiquant préférer à de nouvelles lois une régulation du système bancaire par lui-même. Elle a repris cette idée en septembre 2008, déclarant que les problèmes des marchés financiers étaient principalement dus à une absence de marché et non à son supposé excès.


La généralisation de la crise
Au delà de la chaîne des effets directs (insolvabilité des emprunteurs subprime, faillite des sociétés de crédit spécialisées, pertes de la part des grandes banques qui les détenaient ou travaillaient avec elles), l'essentiel des effets de la crise du subprime est indirect.


Transmission de la crise par la titrisation
Titrisation.
La première courroie de la crise réside dans le phénomène de la titrisation de créances. La titrisation est l'opération financière, méconnue de l'emprunteur, par laquelle une banque revend ses créances sur des marchés spécialisés, souvent groupées avec d'autres valeurs. Ce qui lui permet à la fois de se refinancer et de réduire son risque (qui est reporté sur les investisseurs qui achètent ses créances). La titrisation est devenue un phénomène courant depuis le début des années 2000. Les crédits titrisés sont rachetés par des investisseurs (fonds d'investissements classiques, fonds plus spéculatifs, etc.).

Le marché du subprime a été massivement financé par la titrisation, les créances étant regroupées dans des véhicules de financement ad hoc et transformées en titres négociables souscrits par des investisseurs.

Cependant, à partir du début 2007, la crise des crédits subprimes a jeté le doute sur l'ensemble des véhicules de titrisation de créances, en premier lieu les créances hypothécaires portant spécifiquement sur l'immobilier d'habitation américain ((en) residential mortgage backed security, ou RMBS), mais aussi les paquets de créances diversifiées appelés CDO ((en) collateralized debt obligations). Ce sont en fait toutes les formes de véhicules de titrisation de crédit (ABS, RMBS, CDO et leurs variantes) qui sont devenus suspectes, aux yeux des investisseurs, au début et surtout durant l'été 2007, de peur qu'ils ne portent des créances à risque en général et subprimes en particulier.


Transmission par les fonds d'investissement
La deuxième courroie de transmission de la crise est constituée des fonds d'investissement qui ont eux-mêmes acheté les créances titrisées.

Les crédits subprime, offrant des rendements élevés ((en) high yield) dus au paiement par l'emprunteur d'un taux d'intérêt plus élevé que pour le marché prime, les investisseurs ont exercé une forte demande de ce type de produits afin de doper les performances de leurs fonds d'investissement ou OPCVM.

Ces fonds se sont trouvés en difficulté du fait de la chute de la valeur de leurs actifs. L'effondrement de la valeur de deux fonds d'investissement de la banque américaine Bear Stearns, révélé le 17 juillet 2007, a donné le signal de la crise de défiance. L'annonce, intervenue le soir même d'une séance record à la New York Stock Exchange (14 000 points atteints en séance), va donner le signal de la baisse. Ce sont désormais tous les fonds d'investissement qui vont à leur tour devenir suspects.

Certains fonds avaient cependant, dès 2006, envisagé qu'une crise immobilière se préparait et avaient pris des positions inverses à tout le monde en spéculant sur l'effondrement des produits financiers adossés aux crédits immobiliers à risque.


Engagements indirects des banques
En troisième lieu, ces fonds d'investissement appartiennent ou sont financés par les banques (les hedge funds se financent par effet de levier, c'est-à-dire avec peu de capitaux et beaucoup d'emprunts). Les banques reprennent donc par ce biais les risques qu'elles avaient dans un premier temps confiés aux marchés. La communauté financière s'est alors rendu compte, vers la fin juillet 2007, que l'ensemble du système bancaire supportait des risques de crédits, non seulement dans les fonds que les banques finançaient, mais aussi dans les fonds qu'elles géraient. Ainsi, des créances titrisées à haut rendement (et donc à haut risque selon le Medaf) étaient elles-mêmes présentes dans certaines SICAV monétaires, placements jusque-là jugés sans risque, les « sicav monétaires dynamiques ». D'où une brutale chute de valorisation des sicav monétaires dynamiques dans les premiers jours d'août.

Le 9 août 2007, la première banque française par ses fonds propres, BNP Paribas, annonce le gel (réalisé le 7 août) des actifs de trois fonds monétaires dynamiques OPCVM d'une valeur totale de 1,6 milliards d'euros (gérés par BNP Paribas ABS Eonia, BNP Paribas ABS Euribor et Parvest Dynamic ABS) (liés aux sécurités des prêts aux États-Unis). La banque était incapable de chiffrer les actifs de ces fonds depuis que les négociations des (en) mortgage securities étaient virtuellement arrêtées et donc empêchaient les investisseurs de pouvoir déterminer le prix de marché security. Le 29 août, BNP Paribas annonce la fin du gel. Les fonds ont rouvert courant septembre avec des décotes d'au maximum 1,21 %.


Conséquences de la crise

Conséquences sur les banques

Crise de liquidité bancaire
Les incertitudes sur les engagements directs et indirects des établissements financiers en matière de crédit à risque, mais aussi la crainte d'un ralentissement général des activités de banque de financement et d'investissement, très rentables et moteurs de la croissance au cours des années précédentes, ont fini par entraîner une véritable crise de confiance, ayant connu peu de précédent, entre banques. Celles-ci ont vu se tarir leurs principales sources de refinancement, le marché interbancaire et l'émission d'ABCP ((en) asset-backed commercial paper).

Sur le marché interbancaire, sur lequel les banques en situation d'excédent de capitaux prêtent à celles qui en manquent, la défiance entre banques elle-même a conduit à une envolée du taux d'intérêt.

Par ailleurs, les banques avaient mis en place au cours des années précédentes des structures de financement, appelées conduits ou SIV ((en) structured investment vehicles) qui émettaient du papier commercial à court terme à taux faible ((en) asset-backed commercial paper) vendu à des investisseurs. Les fonds levés étaient ensuite prêtés à long terme à des taux plus élevés, ce qui permettait de dégager une marge d'intérêt. Seulement, ces emprunts à court terme devaient être renouvelés régulièrement (tous les trois mois). Or, une fois la crise de confiance envers les banques engagée, les investisseurs ont cessé de financer les ABCP, obligeant les banques à les financer elles-mêmes.

La crise de liquidité bancaire a conduit les banques centrales, Banque centrale européenne (BCE) et Federal Reserve (Fed) en premier lieu, à procéder à de massives injections de liquidité sur le marché interbancaire afin de permettre aux établissements de refinancer leur activité et d'éviter le déclenchement d'une crise « systémique » (crise de tout le système). La première intervention a eu lieu le 9 août 2007, lorsque la BCE a injecté 94,8 milliards d'euros dans le système financier européen pour accroître les liquidités qui manquaient au marché. Il s'agit de la plus grande mise à disposition de fonds faite en un seul jour par la BCE, dépassant le prêt de 69,3 milliards d'euros fait après l'attentat du 11 septembre 2001. Le même jour, la Fed injecte 24 milliards de dollars US dans le système financier du pays.

Les banques se financent traditionnellement en empruntant sur le marché monétaire interbancaire à des échéances de trois mois. Le taux d'intérêt auquel elles empruntent (en Europe continentale, il s'agit de l'Euribor à 3 mois) est habituellement supérieur de 15 à 20 points de base (0,15 à 0,20 % en langage courant) au taux directeur de la banque centrale qui est considéré comme le taux sans risque[28]. La différence entre le taux auquel les banques empruntent et le taux directeur est appelée prime de risque ou spread en anglais. À partir de la crise de confiance du mois d'août 2007, le taux Euribor s'est envolé, atteignant 4,95 % en décembre 2007 alors que le taux directeur était de 4 % (2007) et qu'en temps normal, elles auraient emprunté à 4,20 %.

La forte hausse, à partir du mois d'août 2007, des taux à court terme auxquels se refinancent les banques constitue un vrai risque pour leur équilibre financier : « L'envolée des taux du marché du refinancement bancaire (Eonia et Euribor), devenus supérieurs aux taux des prêts sans risque à long terme, [constitue] une situation intenable pour les établissements financiers », écrit le 15 septembre un journal spécialisé. En effet, certaines banques en arrivent à emprunter à des taux élevés pour refinancer des crédits qu'elles ont accordés précédemment à des taux moindres.

La crise de liquidité est renforcée par l'asymétrie d'information entre banques, qui sont donc réticentes à se prêter entre elles.


Conséquences sur les comptes des banques
Les banques australienne Macquarie, américaine Bear Stearns, britannique HSBC et allemande IKB ont été parmi les premières touchées. Bear Stearns, notamment, possèdait des fonds spéculatifs qui avaient misé sur une remontée du secteur immobilier pour le recouvrement de fonds prêtés par des banques. La banque a été affaiblie dés le début par la faillite de deux de ses hedge funds.

Une « ruée bancaire », limitée à la banque britannique Northern Rock, a eu lieu en septembre 2007. En trois jours les clients de la banque ont retiré 12 % des montants déposés.

Les grandes banques mondiales ont annoncé des résultats des troisième et quatrième trimestres 2007 en forte baisse à la suite de la crise à cause à la fois :

de pertes directes sur les crédits subprimes ;
mais surtout de dépréciations d'actifs dérivés des subprimes (la valeur des actifs financiers de type RMBS, CDO inscrite dans les comptes, établie à leur valeur de marché, a fortement baissé au cours du trimestre) ;
d'un net ralentissement des activités de banque d'affaires et de marché qui avaient été les moteurs des bénéfices des années précédentes (titrisation, financement des LBO et des hedge funds, fusion-acquisition, gestion d'actifs, etc.).
Les grandes banques d'affaires américaines et européennes ont enregistré d'importantes dépréciations d'actifs au troisième trimestre 2007 :

Goldman Sachs : dépréciation de 1,5 milliard de dollars.
Bear Stearns : 0,7 milliard de dollars.
Lehman Brothers : 0,7 milliard de dollars.
Morgan Stanley : 1,5 milliard de dollars.
Merrill Lynch : 8,4 milliards de dollars.
Citigroup : 5,9 milliards de dollars.
UBS : 11 milliards de francs suisses.
Crédit Suisse : 2,5 milliards de francs suisses.
Deutsche Bank : 2,2 milliards d'euros.
D'autres importantes dépréciations d'actifs ont été passées au titre du quatrième trimestre 2007 et du premier trimestre 2008.

Les grandes banques françaises cotées en Bourse ont affiché pour leur part des dépréciations d'actifs limitées au troisième trimestre 2007 mais plus fortes au quatrième :

BNP Paribas : 301 millions d'euros. Et un total de 1,2 milliard d'euros pour l'ensemble de 2007.
Crédit agricole : 546 millions d'euros. Le 20 décembre 2007, Crédit agricole SA annonce une dépréciation supplémentaire de 2,5 milliards d'euros (1,6 milliard hors fiscalité) au titre du 4e trimestre.
Dexia : 212 millions d'euros.
Société générale : 404 millions d'euros. Et au total 2,57 milliards d'euros ou 2,9 milliards.
Natixis.
Le coût effectif de la crise pour les banques (dépréciations d'actifs au titre de la juste valeur comptable et provisions pour risques liés à la crise) est évalué à:
110 millions de dollars en novembre 2007,
188 millions en mars 2008,
250 millions en avril 2008,
400 millions en juin 2008.
Les estimations du coût global de la crise sur les banques (pertes et dépréciations d'actifs) ont été en permanence revues à la hausse au cours de la crise :
250 milliards de dollars selon Bear Stearns[41] et Lehman Brothersvers le 7 novembre 2007,
300 à 400 milliards de dollars selon Deutsche Bank en novembre 2007, dont 150 à 250 milliards liés directement aux prêts subprime et 150 milliards aux dérivés adossés à ces prêts,
500 milliards de dollars selon Royal Bank of Scotland en novembre 2007.
422 milliards de dollars (268 milliards d'euros) au niveau mondial, selon une estimation de l'OCDE en avril 2008. Sa précédente estimation était de 300 milliards de dollars.
565 milliards de dollars (358 milliards d'euros) pour la seule exposition des banques au secteur des "subprimes", mais 945 milliards de dollars (600 milliards d'euros) pour le coût total de la crise financière, selon une estimation du FMI en avril 2008.

Le bouleversement du paysage bancaire
La crise financière a entraîné, particulièrement à partir de l'automne 2008, un bouleversement du paysage bancaire international, particulièrement aux Etats-Unis, avec une rafale de faillites, nationalisations et rachats.

Aux États-Unis,
Fanny Mae et Freddy Mac, deux organismes de refinancement hypothécaire qui garantissent près de 40% des prêts immobiliers américains (soient 5.300 milliards de dollars), ont été mis sous tutelle par le Trésor américain en septembre 2008. Il s'agit d'une nationalisation de facto, évènement exceptionnel pour des sociétés cotées en bourse aux États-Unis.

Bear Stearns, au bord de la faillite, a été racheté en mars 2008 par JPMorgan Chase avec le soutien de la Fed.
Lehman Brothers s'est déclaré en faillite le week-end des 13-14 septembre 2008. Mais le 16 septembre 2008, la banque britannique Barclays annonce racheter une partie des activités de la société, notamment aux États-Unis. Le siège de New-York est concerné par cette reprise.
Merrill Lynch a été racheté par Bank of America le 14 septembre 2008.
AIG, premier assureur américain, a été sauvé par l'Etat au prix d'un prêt de 85 milliards de dollars accordé par la Fed et d'une nationalisation du capital à hauteur de près de 80%.
Morgan Stanley voit fin septembre l'entrée à son capital (21% des actions pour 9 milliards de dollars) de la plus grande banque japonaise, Mitsubishi UFG Financial Group (MUFG).
Washington Mutual, l'une des premières caisses d'épargne américaines, a été saisie le 25 septembre 2008, et l'essentiel des actifs seront revendus à JPMorgan Chase qui devient alors la première banque américaine.
Wachovia a été rachetée le 29 septembre par Citigroup, redonnant à ce dernier la première place mondiale.
En Europe
En juillet 2007, l'allemande IKB Deutsche Industriebank est en difficulté.
En septembre 2007, UBS et Crédit suisse (réduction de 1 500 personnes) sont touchés par la crise du marché hypothécaire américain.
La britannique Northern Rock, banque spécialisée en crédit immobilier, est nationalisée en février 2008
L'allemande Dresdner Bank a été vendue par l'assureur Allianz à son compatriote Commerzbank en septembre 2008.
L'allemande Postbank, filiale de Deutsche Post, a été rachetée par sa compatriote la Deutsche Bank en septembre 2008.
Le 19 septembre 2008, la banque britannique Halifax-Bank of Scotland (HBOS) est rachetée pour 12.2 milliards de livres par la Lloyds TSB.
Le 28 septembre 2008, la banque du Bénélux Fortis, est nationalisée partiellement, les trois Etats du Bénélux apportant 11,2 milliards d'euros de capitaux propres pour 49% du capital.
Le 28 septembre 2008 également, la banque britannique Bradford & Bingley, spécialisée en crédit immobilier, est nationalisée. Son réseau bancaire est racheté par l'espagnol Banco Santander pour 773 millions d'euros (déjà propriétaire d'Abbey et d'Alliance & Leicester acheté fin 2007 pour un prix qui s'avère finalement, à septembre 2008, de 1,6 milliards d'euros).
Le 28 septembre, toujours, la banque allemande Hypo Real Estate, spécialisée dans le financement de l'immobilier, est sauvée par un plan d'urgence de 35 milliards d'euros qui doit permettre "une liquidation dans l'ordre et non en catastrophe."
Le 30 septembre, la première banque mondiale pour le financement des collectivités locales, le franco-belge Dexia, lève 6,4 milliards d'euros auprès des gouvernements belges, français et luxembourgeois ainsi qu'auprès des actionnaires existants. Ses dirigeants (Axel Miller et le fondateur Pierre Richard) démissionnent.

Le fonds de cantonnement Paulson (septembre 2008)
Pour éviter une crise systémique, le Secrétaire au Trésor américain Henry Paulson (plan Paulson) a annoncé le 18 septembre 2008 que l'État américain allait acheter aux institutions financières et gérer à son niveau les actifs toxiques (notamment les dérivés de crédits subprime) qu'elles ont en portefeuille, pour une masse globale d'environ 700 milliards de dollars US. Cette somme représente environ 2 000 dollars par Américain, soit plus d’une fois et demi le budget annuel du Département américain de la Défense (439 milliards de dollars), lui-même supérieur au budget de la France en 2007 (334 milliards d’euros). La dette nette des États-Unis va ainsi passer de 10 600 à 11 300 milliards de dollars.

La nouvelle a provoqué la plus forte manifestation de soulagement des investisseurs depuis le début de la crise financière. Vendredi 19 septembre, à la Bourse de Paris, l'indice Cac 40 a ainsi connu la plus forte séance de hausse de son histoire (+9,27%). Il est néanmoins à nuancer que ce rebond de +9.27% à Paris, tout comme les autres indices européens qui vécurent eux aussi un rebond conséquent, est en partie dû à la suspension temporaire du principe de "vente à découvert" sur les valeurs financières. En effet certains organismes jouant certains titres financiers à la baisse depuis quelques mois/semaines furent obligés ce 19 septembre d'acheter en urgence les titres qu'ils avaient déjà vendus, d'où un rebond purement technique ... du moins en partie de ces +9.27% historiques ! A rappeler que le principe de vente à découvert consiste à vendre des titres que l'on ne possède pas, pour les acheter par la suite à moindre prix, ce qui est une technique de spéculation à la baisse qui n'est pas sans rapport avec la chute précipitée (jusqu'à la faillite) de certaines banques américaines en ce mois de septembre 2008.

Le plan Paulson a été rejeté par la chambre des représentants des États Unis le 29 septembre 2008, entrainant une forte chute du Dow Jones et une inquiétude accrue dans tout le secteur financier mondial.


Conséquences sur les marchés internationaux
Les marchés financiers, qui avaient subi une première crise de confiance en février-mars 2007, avant de se reprendre au début de l'été, atteignent leur plus haut niveau annuel à la mi-juillet. Ils chutent à partir du 18 juillet (annonce de l'effondrement de deux hedge funds de Bear Stearns), un mouvement accentué le 9 août avec l'annonce du gel des trois fonds monétaires dynamiques de BNP Paribas. Le 9 août 2007, le CAC 40 perd 2,17 % pour finir à 5 624,78 points.

Parmi les premières alertes :
En août 2007, BNP Paribas Investment Partners gèle 3 fonds d'investissement de son réseau.
En août 2007, Oddo Asset Management gèle plusieurs fonds d'investissement de son réseau
En février 2008, AXA Investment Managers suspend 3 fonds d'investissement de son réseau
La crise a des effets sur d'autres marchés, comme celui des matières premières : « C'est un effet de contagion : ce qui se passe sur les marchés des bourses et des capitaux a causé un assèchement des liquidités, obligeant plusieurs acteurs comme les hedge funds à quitter le marché de l'énergie et à liquider leurs positions. »


Conséquences sur l'économie
Il y a d'importantes craintes que la crise financière n'affecte l'économie réelle par le biais notamment de la baisse du moral des ménages et des chefs d'entreprises, des difficultés rencontrées par les banques, du resserrement des conditions de crédits (hausse des taux d'intérêt, sélection plus forte des emprunteurs) qui pourraient peser sur la consommation des ménages comme sur l'investissement des entreprises, et donc sur la croissance du PIB.

C'est pour conjurer ce risque que la réserve fédérale des États-Unis a décidé le mardi 18 septembre 2007 la baisse d'un demi point de ses taux directeurs, ramenés de 5,25 % à 4,75 %. C'est la plus forte baisse depuis novembre 2002 (crise de confiance de l'affaire Enron). Or, la confiance des agents économiques est très affectée[65] et, dans ce cadre, la Fed poursuit cette politique de baisse du taux directeur en novembre 2007.

Après une action concertée des principales banques centrales concernées, le 18 décembre 2007 la BCE s'est engagée à prêter en quantité illimitée et en garantissant l'anonymat au taux de 4,21 % pour deux semaines pour réduire les difficultés à emprunter sur le marché interbancaire.

Quelques liens intéressants

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=27993

http://www.sudonline.sn/spip.php?article10837

http://www.minefe.gouv.fr/directions_services/dgtpe/TRESOR_ECO/francais/pdf/2008-014-40.pdf

http://www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0,49-944553,0.html

http://www.fahayek.org/index.php?option=com_content&task=view&id=1582&Itemid=1

Logique de la crise financière

Publié le 19/12/2008 à 12:00 par economiedroit
Logique de la crise financière

Gaël Giraud Octobre 2008

Les débats sur l'éventuelle nécessité de réguler les marchés financiers afin d'éviter que le désastre auquel nous assistons actuellement ne se reproduise butent sur la question suivante : au fond, les marchés dérégulés nous ont conduits aujourd'hui dans le gouffre mais ils ont rendu possible une croissance économique solide depuis de nombreuses années. Ne risque-t-on, en réglementant les marchés, de corseter la ressource essentielle de la vitalité de nos économies ? C'est l'enjeu des discussions qui ont lieu en ce moment même, à Bâle notamment, autour des moyens qui pourraient être adoptés pour réglementer les activités des banques d'investissement et des fonds de gestion de portefeuilles dont les activités de marchés sont à visée essentiellement spéculative.

Le keynésianisme inversé
Voici ce qui peut être répondu à cette interrogation légitime. Les Keynésiens (la plupart des économistes, sauf peut-être à Francfort, n'ont jamais cessé d'être keynésiens en pratique, même lorsqu'ils font profession du libertarisme monétariste le plus orthodoxe) savent bien que ce qui tire la croissance d'une économie, c'est la demande des ménages. Comment a-t-on alimenté la croissance depuis trente ans (et tout particulièrement depuis les années 2000) ? Les marchés financiers, « délivrés » de toutes les règles de prudence qui « entravaient » le système bancaire traditionnel ont entretenu artificiellement la demande des ménages (américains mais aussi britanniques, espagnols, islandais...) en leur accordant des prêts dans des conditions de plus en plus laxistes. Cette demande non financée a, certes, induit une augmentation réelle de la production, des revenus et du Pib. Elle a aussi permis aux opérateurs de marchés de retirer des bénéfices considérables via la titrisation - bénéfices qui, à leur tour, ont alimenté derechef la poursuite de la croissance de la demande des ménages. Comment ne pas voir que ce prétendu « cercle vertueux » repose sur de l'argent dont personne ne dispose ? Sur une dette dont on espère qu'avec le temps, on trouvera les moyens de la financer ?

L'erreur qui se trouve à la racine de la crise des subprimes (comme de celle de 1929) a consisté à nourrir l'illusion que la croissance serait auto-entretenue par le pari de quelques-uns en sa faveur (et par les prêts accordés sans discernement en conséquence de ce pari). Loin d'être accidentelle, cette erreur [1] est le symptôme d'un « keynésianisme inversé », où l'on tente de stimuler la demande par les profits futurs qu'elle n'a pas encore engendrés.

La richesse des pauvres
Pourquoi cette « inversion » est-elle structurellement liée à un certain modèle de capitalisme libertarien anglo-saxon vers lequel dérivent nos économies occidentales depuis trente ans, comme elles l'avaient fait à la fin du 19ème siècle ? Les théories (très en vogue actuellement dans les business schools américaines) du « bottom of the pyramid » (bas de la pyramide) pourraient bien fournir l'une des clefs du problème : celles-ci consistent, avec un cynisme à peine déguisé, à faire valoir que les « pauvres », sur cette planète, sont très nombreux. Agrégée, leur pauvreté peut se muer en richesse si l'on sait ponctionner (même faiblement) tout le monde. S'en déduisent des stratégies commerciales qui, sous couvert de favoriser le développement économique en aidant les plus déshérités à accéder aux marchés, n'ont guère d'autre ambition que de trouver des canaux par lesquels les « pauvres » pourront investir collectivement leur maigre patrimoine sur des marchés. Mutatis mutandis, dans une économie industrialisée disposant d'une grosse classe moyenne, la richesse agrégée de la frange défavorisée de cette dernière constitue, elle aussi, une manne considérable. Agrégée, la pauvreté relative des classes moyennes ou défavorisées devient richesse. D'où l'idée de leur consentir des prêts sans trop de discernement : pourvu qu'ils ne fassent pas tous faillite simultanément, la plupart devra s'acquitter pour longtemps de traites qui sont individuellement dérisoires au regard des sommes transitant sur les marchés financiers mais qui, agrégées, constituent un vrai « trésor de guerre ». Si l'opération se déroule comme prévue, cette stimulation artificielle de la demande aura favorisé une croissance qui rendra le paiement des intérêts moins douloureux pendant que, lentement mais sûrement, la formidable richesse des pauvres transitera vers leurs créanciers. C'est exactement ce qui s'est passé avec les pays du Sud jusqu'à ce que l'on constate, à peine surpris, que le remboursement de la dette représentait des flux sud-nord supérieurs aux flux nord-sud de l'aide au développement. De là est née la mobilisation en faveur de l'effacement de la dette des pays pauvres.

Par analogie, les classes moyenne et défavorisée des Etats-Unis et de certains pays européens jouent aujourd'hui le rôle des « pays du Tiers-Monde » il y a vingt ans, tandis que le rôle des pays du Nord est assumé par la petite minorité qui bénéficie des rendements du capital financier. Ainsi, le total des dettes des ménages américains sur leurs cartes de crédit est actuellement de 2.500 milliards de dollars...

On comprend également qu'après l'étonnante parenthèse des Trente Glorieuses, nos économies industrialisées soient redevenues depuis quelques années aussi inégalitaires qu'elles l'étaient à la fin du 19ème siècle : la part de la valeur ajoutée distribuée aux salariés a été diminuée dans la plupart des pays industrialisés au profit des rendements du capital. On comprend enfin en quoi le plan Paulson s'inscrit parfaitement dans le prolongement de ce qui précède. Qui peut croire, en effet, que, dans dix ans, les titres « toxiques » rachetés par l'Etat américain vaudront encore quelque chose ? Cela supposerait que la majorité des ménages surendettés aient survécu sans faire faillite - ce qui exigerait sans doute l'équivalent d'un effacement de la dette des « ménages pauvres ». Il y a donc fort à craindre que beaucoup d'entre eux seront les premières victimes de la récession et que, in fine, les contribuables auront bel et bien à rembourser les 700 à 1000 milliards de dollars du plan Paulson, illustration inédite des vertus du « bottom of the pyramid » : faire financer le sauvetage des grandes banques d'investissement par les contribuables qui, même pauvres, sont très nombreux...

Gaël Giraud, Gaël Giraud, jésuite, est économiste.







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